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Alice Corbaz

Le ministère? C'est un lieu privilégié pour laisser de l'espace à l'autre et à Dieu.
Rendez-vous est donné un matin de décembre. Alice Corbaz me prévient de suite : elle fera de son mieux pour avoir les idées claires, mais elle a deux services funèbres à préparer pour le jour même et le surlendemain. Le cadre est posé, et la suite de la rencontre ne le démentira pas : la plus jeune ministre de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud est une pasteure énergique, une femme d’action à l’emploi du temps bien garni.

Elle qui se décrit volontiers comme travailleuse, enthousiaste et perfectionniste n’est pas arrivée par hasard dans la profession : «A l’adolescence, j’ai participé à beaucoup d’activités de catéchisme et de jeunesse en Eglise. Je m’y sentais bien. J’ai continué ces engagements et j’ai constaté que j’apportais aussi quelque chose aux autres. L’idée de commencer des études de théologie a donc fait son chemin.» L’impulsion décisive viendra de l’extérieur, quand certains lui diront qu’ils la verraient bien pasteure : «Ce sont d’autres gens qui m’ont mise sur la voie. C’est cela qui m’a lancée.» Des messagers de Dieu ? C’est en tout cas un signe qui ne trompe pas aux yeux d’Alice Corbaz. Elle a d’ailleurs consacré son mémoire de fin d’études aux anges – anges qui, dit-elle, inspirent toujours sa théologie et son ministère.
 
A propos, être la plus jeune pasteure de son Eglise, comment est-ce ? «Quelque part, cela me fait plaisir de sortir du lot. Mais c’est surtout montrer à tous que l’on peut s’engager à 26 ans ! Cela dépoussière l’image de l’Eglise.» Aux yeux d’Alice, toujours très en confiance, son âge ne constitue pas un handicap pour sa pratique pastorale : « Je ne manque pas de compétences pour faire mon métier. Les gens ne me dévalorisent pas parce que je suis trop jeune.» Si elle admet avoir plus d’affinités avec les jeunes adultes qu’avec les aînés, elle estime qu’il s’agit d’un atout dans son travail : «J’ai un contact privilégié avec les 15-30 ans. Cette catégorie d’âge a une grande importance pour mon ministère, c’est là où j’ai envie de mettre le plus d’énergie. Et je crois que l’Eglise a tout à y gagner.» Parions que ces paroles seront mises en pratique, puisque cette ministre souhaite que l’Eglise puisse redevenir pour tous un lieu de questionnements fondamentaux.

L’avenir s’annonce plein de promesses pour Alice Corbaz. Dans dix ans, elle se voit mère de trois enfants, et, elle l’espère, saura mener de front une vie de famille épanouie et un ministère porteur de sens. Mais pour cette hyperactive, cela n’ira pas de soi de cumuler tout en prenant soin du premier outil de son ministère et de sa vie : elle-même. 

«Je ne sais pas m’arrêter, ne rien faire. Ma plus grande peur est de trop remplir et de me brûler les ailes. Nous nous donnons à fond pour notre travail, mais il n’y a pas que le pastorat dans ma vie !» On perçoit une certaine fragilité lorsqu’elle hésite longuement à la question de ses hobbies. «Je n’aime pas trop ce genre de questions : cela me fait prendre conscience qu’en dehors de mon métier, je fais moins d’activités qu’avant.» Fragilité encore, lorsqu’on lui demande qui est l’«Alice tout court» (qu’elle évoque à côté de l’Alice pasteure, l’Alice épouse et l’Alice amie), et qu’après un soupir et quelques hypothèses, elle admet ne pas très bien savoir pour le moment.

Nul doute que si des chantiers sont encore ouverts sur le chemin d’Alice Corbaz, elle peut s’appuyer sur ses intuitions pour les mener à bien. Elle cite en exemple Jean-Baptiste, l’annonciateur de Jésus-Christ, et précise en souriant : «Quelque chose m’inspire chez lui. J’ai presque l’impression qu’il passe devant la Commission de consécration ! Il témoigne de la Lumière sans être lui-même la lumière, mais il a quand même toute son importance.» Comment être témoin ? Comment trouver sa propre importance ? Voilà des questions qui peuvent occuper toute une vie. Elles occuperont certainement celle d’Alice Corbaz pendant plusieurs années encore.